Interviews
Elle a fait ses premiers pas au cinéma dans "Tusk" d'Alexandro Jodorowsky. L'expérience aurait pu être douloureuse, mais, débutante, Cyrielle Claire s'est lancé dans l'aventure avec une fougue et une innocence, qui l'ont préservé du coté parfois folklorique de ce premier tournage.  L'année suivante elle entrait dans la cour des grands, en interprètent la petite amie de Jean-Paul Belmondo dans "Le professionnel" de Georges Lautner. Cette fois l'ambiance était beaucoup plus détendue. Elle se souvient encore de "L'énorme baiser d'amoureux" qu'elle a échangé avec un Bebel aussi intimidé qu'elle. Décidément vouée aux changement radicaux d'univers, elle incarnera peu après "L'ange de la mort" dans "La belle captive" d'Alain Robbe Grillet. De "L'été de nos 15 ans" de Marcel Julian qu'elle a tourné avec Michel Sardou, elle se souvient d'un tour de valse dans les bras de Jacques Chazot.. Cyrielle s'est également illustrée dans la comédie avec succès, notamment dans "Le joli cœur" de et avec Francis Perrin. Parfaitement bilingue, elle a eu l'opportunité de travailler à plusieurs reprises avec les américains. On peut citer entre autres "Control" avec Burt Lancaster, Ben Gazzara et Allan Jefferson. Elle a également été la partenaire de Sean Connery dans "L'épée du vaillant" de Stephen Weeks.  Plus récemment, la comédienne a eu une belle rencontre avec Eric Rohmer pour qui elle a tourné "Triple agent" (Diffusé cette semaine sur Canal +, tandis que France 3 nous propose "L'été de nos 15 ans") . On pourra la voir prochainement sur France 3 dans deux films de  90 minutes réalisés par Jean Sagols, inspiré de "Alberte" de Pierre Benoit et intitulé pour cette version télévisuelle " "L'ombre d'un crime" qu'elle résume comme "Une très belle histoire de passion fragile et fatale". Sa beauté lumineuse a valu à Cyrielle Claire d'être comparée à Grâce Kelly et à Candice Bergen, ce dont elle se déclare flattée.
 
 
.Lorsque vous vous ètes inscrite au cours Simon, que représentait le cinéma pour vous ?
 
Je me suis aperçu que les acteurs que j'admirais sur l'écran, que ce soit Brando, Lawrence Olivier, Meryl Streep, de Niro, avaient tous une formation théâtrale très solide Je trouvais qu'il y avait une épaisseur, une profondeur dans leur jeu, qu'on ne trouvait pas chez les autres acteurs de cinéma
 
 
Vous avez eu votre premier contact avec le 7e art en tournant "Tursk" d'Alexandro Jodorovsky, quelle a été votre première impression ?
 
Ce qui est formidable lorsqu'on tourne son premier film c'est qu'on ne se rend compte de rien et surtout pas des difficultés. J'ai plongé dans cette aventure la tête en avant avec une énergie, une fraîcheur, une innocence totale et c'était génial J'ignorais tout de ce métier quand j'ai débuté. En revanche j'ai toujours été intéressée par la littérature, le verbe, la musique mots, la poésie; en classe, j'étais abonnée au prix de récitation.
 
 
L'année suivante vous avez tourné "Le professionnel" de Georges Lautner, avec Belmondo, avez-vous eut le sentiment d'entrer d'emblée dans la cour des grands ?
 
A nouveau, je ne me rendais pas vraiment compte de ce qui m'arrivait. J'ai passé le casting avec Margot Capellier, un mythe dans le métier. Elle écumait toutes les cours de théâtre, allait voir tous les spectacles. Et puis j'ai  été convoqué pour rencontrer Georges Lautner, le producteur et Belmondo. Je venais pour le rôle qui m'avait été proposé, mais il ne me plaisait que moyennement. On commence à parler et tout d'un coup arrive Jean-Paul Belmondo. Il salue tout le monde et en m'apercevant il s'exclame "Ah, Alice ! " le nom de l'autre personnage féminin. Cela a été génial pour moi, car ce n'était pas celui pour lequel j'étais venu, mais celui que je voulais. Et tout le monde a suivi.
 
 
On peut dire qu'il vous a donné un gentil coup de pouce involontaire.
 
Il l'a fait très spontanément, il ne m'avait même pas encore dit bonjour. Il m'a aperçu de loin et pour lui c'était évident que j'étais l'Alice de l'histoire.
 
 
Comment s'est passé le travail avec Georges Lautner ?
 
C'est un amour d'homme, c'est vraiment quelqu'un d'adorable. Avec lui,es choses se passent dans la sérénité. Cela a contrasté avec ma première expérience, car avec Jodorowsky c'était assez folklorique et parfois douloureux. Avec Lautner et Jean-Paul, je dois dire qu'il y avait une très bonne ambiance sur le tournage. Bien que timide, j'étais en confiance, sauf pour la scène où l'on s'embrasse. Mais lorsque nous avons tourné cette grande scène du baiser fougueux, Belmondo s'est montré aussi timide que moi. J'ai d'ailleurs été surprise, car il avait déjà embrassé de nombreuses partenaires à l'écran. C'était très touchant à observer. IL a fallu tous les encouragements de Georges Lautner pour que l'on concrétise cet énorme baiser d'amoureux, en plusieurs prises... Grâces à cette rencontre, j'ai vraiment vu ce que c'était qu'un acteur populaire. IL y avait des figurants et à chaque fois il prenait le temps de leur dire un petit mot. Bien qu'étant une star, il prête attention à ceux qui l'entourent..  Et Il a toujours cette touche d'humour, même dans les situations les plus tendues
 
 
Vous enchaînez avec "La belle captive" sous la direction de Robbe Grillet, vous ne pouviez rêver d'un changement d'univers plus radical  Vous n'avez pas eu peur ?
 
Non, j'étais ravie, passer de Jodoroxsky à Lautner, puis à Robbe Grillet c'était un exercice très intéressant Dans toutes les histoires de Robbe Grillet il y a "La jeune victime ensanglantée",  et il m'avait engagé pour ce rôle. J'étais prête a jouer la victime, car c'est un auteur dont j'aimais bien l'œuvre très symbolique. Un beau jour il m'appelle pour me dire "Cyrielle, assaillez vous, je vous veux toujours dans mon film, mais pour le rôle de "L'ange de la mort". Tout d'un coup, j'ai eu envie que la personne qui symbolise la mort ait votre visage, empreint de douceur et de sérénité. Si bien que de victime ensanglanté, je suis passé à cette femme tout en noir qui chevauche sa moto et qui incarne la mort.
 
 
Comment avez-vous reçu la nouvelle ?
 
J'ai trouvé ça très intéressant, parce que moi aussi j'aime les paradoxes et j'ai trouvé que pour moi c'était un plus grand challenge. Je parlais avec un accent allemand, c'était très particulier Je suis tout à fait favorable à ce qui sort de l'ordinaire Bien qu'ayant un physique lisse et harmonieux, ce sont des choses qui me parlent Je suis moi-même très paradoxale Et puis on avait la chance d'avoir le très grand chef opérateur, Henry Alekan et cela aussi c'était un bonheur.
 
 
Quel souvenir gardez-vous de "L'été de nos 15 ans" que réalisait Marcel Julian ?
 
Pour ce film, j'ai dû apprendre à danser le cha cha cha Je me souviens avoir fait un tour de valse  aérien avec Jacques Chazot. C'était un petit film charmant.
 
 
Vous souvenez-vous de l'été de vos 15 ans ?
 
Je crois qu'il ressemblait à celui de mes quatorze et de mes seize ans. J'étais baby-sitter pour me payer mes vacances. C'était une famille très sympathique, il y avait 4 enfants. Ils m'ont proposé de partir en vacances avec eux pour m'occuper des enfants. C'est ainsi que j'ai passé des vacances à La Baule et que j'ai fait de la voile pour la première fois, grace à un flirt de vacances, un garçon qui avait un petit dériver. J'ai toujours aimé m'occuper d'enfants, cela a donc été un été très agréable. Le mois suivant je suis allé chez mes grands-parents qui habitaient ST Raphaël
 
 
Et de vos 20 ans, qu'avez-vous fait ?
 
J'étais étudiante, je les aie passés à la Sorbonne. J'ai une maîtrise de Sciences-Economie. Parallèlement je suivais mes cours de théâtre.. J'avais eu une petite voix intérieure qui un jour a guidé mes pas et je suis alleé frapper au cours Simon. Mes 20 ans ont coïncidé avec ma phrase d'apprentissage.
 
 
On va vous voir sur Canal + dans "Triple agent" un film tout récent, comment cela s'est déroulé avec Eric Rhomer ?
 
Cela a été une belle rencontre. Moi qui adore les mots, je me suis régalé. Il y a dans ce film ce que j'appelle "le beau langage Rhomerien". Tous ses personnages parlent d'une façon extraordinaire. Ils ont tous une qualité d'expression de langage, qui est la vraie marque de Rhomer ; C'est un monsieur qui sait exactement ce qu'il veut. C'était fascinant de le voir travailler. Il avait fait peindre un vrai décor pour que ce qu'on apercevait de l'autre coté de la rue soit conforme à ce qu'il voulait. Je croyais avoir empreinté un vrai escalier, en fait c'était un décor. Il a un grand souci du détail. Il s'agit d'une histoire vraie qui s'est déroulée à Paris dans les années 35-36 dans le milieu russe blanc C'est bien sûr une histoire d'espions et j'interprète l'amie française de ce couple.
 
 
Il y a eu "Le joli cœur" de et avec Francis Perrin.
 
Nous nous sommes très, bien entendu, Cela a été le début d'une amitié qui dure toujours, également avec Michèle Bernier, qui jouait la boulangère. Quelques années plus tard nous nous sommes retrouvés au théâtre pour la pièce de Woody allen "Une aspirine pour deux". Je viens d'aller le voir dans une très jolie pièce "Tantine et moi" il y est formidable.
 
 
Dans "Le joli cœur" il jouait un tombeur invétéré et vous lui résistiez…
 
Je jouais un médecin psychiatre, celle qui lui a joué un tour.
 
 
Avez-vous croisé des jolis cœurs de ce qualibre-là ?
 
Il y en a qui n'ont peur de rien. Cela m'amuse trois minutes, pas plus. Je préfère un peu plus de subtilité et de profondeur. Quand je vois un type comme ça qui drague tous azimuts, je pars en courant ! Ce n'est pas du tout pour moi.
 
 
 
Vous avez travaillé sur plusieurs productions anglo-saxonnes dont "Control" avec Burt Lancaster. Ben Gazzara, Andréa Féréol…
 
Et Erland Josephson qui jouait mon mari et que je viens de voir dans le dernier film d'Ingmar Bergman. J'ai tourné deux films avec Burt Lancaster, c'était frustrant car nous n'avions aucune scène ensemble.
 
 
Le fait de parler couramment anglais vous a ouvert d'autres portes.
 
D'autant que lorsque j'ai débuté dans ce métier, peu d'actrices étaient véritablement bilingues. Les jeunes comédiennes s'y sont misent et elles ont bien raison. C'est très intéressant de travailler à l'étranger, car jouer dans une autre langue nécessite une respiration différente. Ce qui quelque part nourrit votre jeu. Il y a vraiment une musique différente et donc votre jeu n'est pas le même. Je n'ai pas le même timbre de voix lorsque je joue en anglais.
 
 
On vous a même comparé à Grâces Kelly…
 
C'est vrai, à Candice Bergen aussi. C'est plutôt flatteur, je dis merci…
 
 
Vous avez même eu un partenaire irlandais célèbre, Sean Connery.
 
C'était pour "L'épée du vaillant" de Stephen Weeks, c'est un grand monsieur d'un charme fou, il a été adorable. Il s'agissait d'une légende celte qui se passait au moment des chevaliers du roi Arthur. Nous avons tourné à la fois au Pays de Galles et dans de vieux châteaux aux alentours d'Avignon. Il y avait de nombreux acteurs anglais, Trevor Howard, Peter Cushing C'est la seule fois de ma vie où j'ai grossi. Nous avions droit à trois tea-break dans la matinée et autant dans l'après-midi. Outre le thé rempli de crème très riche, il y avait un grand choix de gâteaux. On grelottait de froid et l'on se disait "Cela va me redonner quelques calories" et là je n'ai pas été déçue !
 
 
Vous avez tourné avec Lina Wertmuller "Ouvrier métallurgiste et coiffeuse dans un tourbillon de sexe et de politique" Tout un programme !
 
Ah oui, c'était un film très drôle, une satire des partis politique ou je jouais une petite coiffeuse cucu et sexy, blondinette avec des frisettes. Je portais des  t-shirt au raz des fesses. Ce n'était pas du tout le genre de rôles qu'on me proposait habituellement et j'ai adoré jouer ça.
 
 
Dans le genre atypique, il y a les scènes que vous avez tournées dans le "San Antonio".
 
Je n'y fais qu'une courte apparition, on me voit faire des cochonneries avec Gérard Lanvin et Gérard Depardieu. Je dois dire que cela m'a beaucoup amusé. C'était très amusant de jouer cette femme un peu dévergondée.. c'est très inhabituel pour moi, mais j'y prends goût. (rire) On peut me proposer ce genre de rôles, cela m'amuse beaucoup.
 
 
Lanvin et Depardieu se sont montrés moins timides que Belmondo dans "le professionnel" ?
 
Oui, nettement. Mais dans ce film, je ne fais qu'une apparition un peu "hot".
 
Avez-vous fait une croix sur votre métier lorsque vous ètes parti suivre votre mari américain aux Etats-Unis ?
 
Non, mais ce n'est pas évident de travailler outre-atlantique. Là-Bas j'ai tourné un feuilleton et quelques productions Canadiennes. New York Toronto c'est comme Paris Nice. Etant donné que cela a duré quelques années, on a commencé à m'oublier en France. Pas tout le monde, puisque je revenais travailler de temps en temps. Partir aussi longtemps c'est un peu suicidaire en termes de métier.
 
 
S'en est suivi un divorce et une période de déprime. Quelques années se sont passé depuis cette épreuve, vous vous ètes reconstruite ?
 
Mon divorce a été très douloureux, j'ai somatisé, cela m'a fait beaucoup de mal. Mais bon, il faut se reconstruire, on n'a pas le choix, surtout quand on a un petit garçon à élever. Il faut retrousser ses manches et puiser tout le courage que l'on a en soi.
 
 
Et dans le même temps vous deviez essayer de renouer avec le métier en France.
 
Oui, c'était un énorme challenge, c'était un peu une résurrection, dans tous les sens du terme.
 
 
Et aujourd'hui vous n'élevez plus votre fils toute seule ?
 
J'ai un compagnon auprès de moi et c'est vrai que c'est formidable. Mon fils a 15 ans et il a un garçon qui a à peu près le même âge. C'est formidable de pouvoir élever ensemble nos deux garçons., surtout un ado… Mais c'est un gentil ado, j'ai un fils qui est un amour. Nous avons de très bonnes relations. Je touche du bois..
 
 
Quel intérêt porte t il à votre métier ?
 
Cela commence à l'amuser. Je l'ai toujours tenu à l'écart, jamais je n'allais vers lui pour lui parler de mon métier. Maintenant qu'il est grand il commence à s'intéresser davantage à ce que je fais. C'est lui qui me pose des questions. Quand je jouis au théâtre, je n'ai jamais voulu faire de tournée, car je voulais rester avec lui ; J'ai la chance d'avoir des parents très proches, qui se sont beaucoup occupés de lui quand je devais partir en tournage. Je crois qu'il n'a pas du tout souffert du métier que je fais. À chaque fois qu'il me pose des questions, je lui réponds ; Mais je ne crois pas qu'il s'y intéresse dans le but de suivre mes traces. Je n'ai pas l'impression que c'est sa voie.
 
 
Vous avez finalement trouvé l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle ?
 
Oui, c'est un équilibre qui est sans arrêt remis en question du coté de la vie professionnelle. Dès qu'on a terminé quelque chose on est au chômage et l'on ne sait pas si on retravaillera. On a quand même un métier étrange. On passe parfois des mois sans travailler, ce qui n'est pas une situation sécurisante et facile, c'est un peu angoissant. C'est aussi pour cette raison que je n'en parlais pas à mon fils. Je ne voulais surtout pas lui faire partager ces périodes d'angoisse.  Heureusement, j'ai toujours su ce qu'étais un budget et qu'il y avait des échéances auxquelles il faut  pouvoir faire face. Je ne me suis jamais mis dans des situations catastrophiques, dans lesquelles je vois certains de mes camarades. J'ai toujours géré les choses en bonne mère de famille et j'ai réussi à ne jamais tomber dans la situation de devoir accepter une pub minable ou un film débile pour boucler les fins de mois. J'aime trop ce métier pour faire de mauvais compromis pour des raisons alimentaires.
 
                                                                                                        Jacqueline Cartier